lundi 16 mai 2011

Le trône de fer, l'intégrale 1 - George R. R. Martin

Auteur : George R. R. Martin
Editeur : J'ai lu
Pages : 785
Prix : 14,90€

Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu'en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le Duc Eddard Stark rend paisiblement la justice. Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s'est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues. L'heure est grave, d'autant qu'au-delà du mur qui protège le royaume depuis des siècles, d'étranges créatures rôdent...

Lord Jon Arryn, seigneur du val d'Arryn et main du Roi Robert Baratheon, seigneur du royaume des sept couronnes, vient de mourir. A Winterfell, siège de la maison Stark, une des plus anciennes et des plus influentes maisons du royaume, Catelyn Stark, l'épouse de Lord Ned Stark, seigneur de Winterfell, reçoit une lettre de sa sœur, Lysa Arryn, veuve de Lord Jon Arryn. Celle ci y écrit ses doutes sur la mort naturelle de son mari et ses craintes sur sa sécurité et celle de son fils. Quand à Lord Ned Stark, il reçoit la visite surprise du Roi, Robert Baratheon, qui est venu à Winterfell avec sa cours et sa famille. Robert Baratheon a conquis la couronne voilà 15 ans. Aidé des principales familles du royaume, dont la famille Stark, il a renversé le vieux roi Aerys Targaryen. Quinze années qui, à force d'intrigues et de complots, ont transformé un guerrier et un conquérant en un Roi obèse, oisif et usé par le pouvoir. Si Robert Baratheon est venu en personne à Winterfell c'est pour demander à son vieil ami d'enfance de devenir sa main et de l'aider à gouverner. D'abord réticent, Lord Ned Stark fini par accepter et part pour la capitale du royaume, Port-Réal,  avec sa garde et ses deux filles, laissant à Winterfell sa femme et ses fils...

Voila grosso modo l'intrigue de base de ce roman qui est très simplifiée puisque ce que je viens de raconter là doit prendre à peu près une cinquantaine de pages. Le trône de fer (a song of ice and fire en vo) est l'une de ces longues épopées qui pullulent en Fantasy et qui mettent en scène sur plusieurs tomes un univers d'inspiration médiévale. Sauf qu'ici, au contraire de ce qu'ont pu faire Tolkien ou Robert Jordan, George Martin à choisi de construire un monde réaliste sans créatures féériques et sans magie, ou plutôt un monde où créatures et magie ont disparu. En effet, des créatures féérique il y en a eu dans le royaume des sept couronnes. Il y a eu des Dragons aujourd'hui éteints. Il y a également eu les enfants de la forêt, habitants originels du Royaume, proches de la nature et également disparus. Enfin il y a les Autres, créatures mystérieuses qui se cachent dans le nord derrière un mur immense protégeant le royaume. Et que dire de cet hiver qui s'annonce et qui pourrait bien durer plusieurs années...

La fantasy de George Martin est avant tout une fantasy réaliste basée sur les rapports humains et sur les intrigues. C'est une fantasy sombre où il ne fait pas bon trop s'attacher aux personnages tellement ceux-ci tombent comme des mouches. C'est une fantasy en forme de tragédie grecque, faite d'intrigues, de complot, de trahisons, de meurtres si possibles sanglants et de coups de théâtre. C'est des personnages en marche vers un destin qu'ils savent tragique. Des personnages humains avec leurs qualités et leurs défauts, leurs défauts surtout, qui les rendent malgré tout attachants. Car George Martin évite autant que possible tout manichéisme qui pourrait le faire sombrer dans des clichés dont la fantasy est trop souvent remplie. Même pour la pire ordure il est souvent un traumatisme, une blessure, qui peut expliquer en partie un comportement abjecte. Tyrion par exemple est manipulateur, lâche, égoïste mais en même temps attachant. Son comportement s'explique par un handicap physique et des rapports compliqués avec son père. Difficile de lui en vouloir complètement. Même constat pour les personnages soit disant bons. Ned Stark par exemple est loin d'être sans reproches. Son fils, Jon Snow est un bâtard qu'il tient absolument à avoir à ses cotés à Winterfell. Ce qui pourrait passer pour de la grandeur d'âme cache en fait une profonde blessure, celle de l'infidélité. En gardant son fils près de lui, Ned Stark tente d'expier sa faute en l'exposant à tous. On peut voir également en lui un homme bon mais faible, d'une naïveté surprenante lorsqu'il s'agit de gérer les intrigues de cours. Le jeu des trônes, comme le rappelle le titre original de ce premier volume, est pourtant l'élément central de cette histoire.

Sans pour autant renier Tolkien dont il admet bien volontiers l'influence, George Martin ne veut pas s'enfermer dans des schémas narratifs classiques. Point d'anneau magique à détruire et de méchant omniscient à combattre ici. Le monde du trône de fer est réaliste tout comme ses personnages qui en plus d'être complexes sont nombreux. George Martin multiplie ainsi les histoires et chaque chapitre nous permet de suivre un personnage différent. Ces histoires, on s'en doute, finirons bien à un moment ou à un autre par se rejoindre mais pour le moment on en est loin et bien malin celui qui pourra prédire où tout cela va nous mener. C'est une épopée choral que George Martin nous conte. Cette abondance de personnages et d'intrigues fait tout le charme du roman mais peut également rebuter. Chacun aura son ou ses personnages préférés qu'il prendra plaisir à retrouver mais pour d'autres, l'immersion n'en sera que plus dure. Qui est qui? Qui a fait quoi? Quel liens unissent ces personnages? Le risque de se perdre dans un si grand univers n'est pas à exclure, d'autant plus que ce premier volume est également un volume d'exposition. Un glossaire des principaux personnages existe bien au début du livre mais celui-ci est trop succinct. La lecture peut donc être parfois difficile, surtout au début, le temps de se familiariser avec tout ce monde, d'autant plus que le style de l'auteur est exigeant.

Il est courant que les livres de fantasy utilisent des tournures de phrases et un vocabulaire un peu ancien pour mieux nous plonger dans l'ambiance médiévale du récit. Dans le trône de fer, cette figure de style est utilisée plus qu'ailleurs. Ce n'est pas là une maladresse, bien au contraire, mais une preuve d’exigence et une volonté de qualité. Toutefois, il faut être honnête et rendre à César ce qui lui appartient, ce style et cette exigence sont plus à mettre au crédit du traducteur, Jean Sola, que de l'auteur. Plus que traduire, Jean Sola a enrichi, voire modifié le style de George Martin. Les phrases sont parfois alambiquées, le vocabulaire est riche voire compliqué car utilisant bon nombre de mots tombés en désuétudes et le dictionnaire est un outil qui doit se trouver constamment à portée de main si on veut saisir toutes les substances de ce texte. Un des débats qui agite régulièrement les différents forums littéraires est celui du traducteur et de son rôle. Est il là juste pour traduire un texte d'une langue dans une autre ou bien peut il également améliorer un texte et l'enrichir ? Jean Sola a tranché. A tord ou raison, il a sublimé un texte réputé pour son style simple en version original, l'élevant à un niveau littéraire assez rare en fantasy. Mais la traduction a beau être de qualité, il n'en demeure pas moins quelques choix plus qu'étranges. Ce sont d'ailleurs ces choix qui m'ont poussé à m’intéresser plus en détail au travail de Jean Sola. Par exemple, je ne peux que m'indigner devant la traduction qui a été faite du terme "dire wolf". Alors qu'il s'agit là d'une race de loups préhistoriques, comment Jean Sola a t'il pu traduire cela par Loup Garrou ? De même, la majorité des noms de villes et de lieux sont traduits et très bien traduits même. Pourquoi ne pas avoir appliqué ce principe à tous les noms ? Ça fait plus qu'étrange de se retrouver avec un Winterfell au milieu de Castel Roc et de Vivesaigues... Je pense que Pygmalion, l'éditeur français, qui a bien plumé les lecteurs francophones en scindant chaque livre de la série en deux ou trois aurait pu faire l'effort de réviser la traduction pour la sortie en intégrale.

Quoi qu'il en soit, le trône de fer s'impose dès ce premier volume comme l'une des meilleures séries de fantasy jamais écrite. L'intrigue est riche, les personnages complexes et attachants. C'est une fantasy clairement faite pour les adultes. C'est sombre et violent. George Martin ne s'interdit aucun tabou. Il y a du sexe, parfois incestueux, sans que cela soit racoleur et les enfants se font maltraiter, voire tuer. Par contre, soyez prévenu, le rythme est lent. Ceci n'est pas un reproche, juste une constatation. Il y a peu d'action, d'autant qu'il s'agit la du premier volume de la saga et qu'il y a une phase d'exposition obligée. L'essentiel du roman s'articule autour des complot et des manigances. Les batailles sont rares et lorsqu'elles surviennent, elles sont relativement courtes. Bref, si ce que vous recherchez dans la fantasy, ce sont les combats, l'action et la magie, vous risquez de vous ennuyer sérieusement à la lecture de ce livre. Sinon, si vous aimez les intrigues, les personnages bien construits, les univers cohérents, les ambiances qui montent lentement vers un paroxysme final, le trône de fer vous comblera et bien plus encore.

Cette lecture a été faites dans le cadre d'une lecture commune sur le forum livraddict. Vous pouvez consulter les chroniques des autres participants : Walpurgis, Lou

CITRIQ

6 commentaires:

El Jc a dit…

Bienvenue en Westeros. L'auteur n'a pas fini de te surprendre au cours de cette saga.

Val a dit…

J'attends Tigger Lilly pour commencer le tome 3...avant 2012 j'espère ;-)
Si le coeur t'en dit ...

Pitivier a dit…

Le coeur m'en dit beaucoup mais j'ai le tome 2 à lire avant. Donc tout va dépendre de la date. Je compte lire le tome 2 en septembre ou octobre 2011 et me donner quelques mois avant d'entamer le 3eme tome afin de ne pas risquer l'overdose.

Julien le Naufragé a dit…

Tu me fais penser qu'il faut que je termine cette série de livres commencé il y'a des années...

Lord Orkan Von Deck a dit…

J'avais lu les deux premiers (donc j'ai lu ce tome intégral) et j'ai arrêté, malgré mon admiration pour cette série : le rythme lent et la complexité dynastique m'a un peu lourdé.

En tout cas, je suis super heureux de me remettre dans le bain avec la série tv qui est superbement bien adaptée

Pitivier a dit…

Il faut s'accrocher en effet et je comprend que cela puisse dérouter. Mais pour l'instant ça va.

Enregistrer un commentaire

Attention : Tout commentaire Anonyme sera systématiquement effacé.

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.