lundi 18 octobre 2010

Mary W. Shelley - Frankenstein ou le Prométhée moderne


A quinze ans, Victor Frankenstein est témoin d'un violent orage : foudre, traînée de feu, destructions... Son destin est tracé. Après des années de labeur, il apprend à maîtriser les éléments ; l'alchimie est pour lui une seconde nature. Et bientôt, le savant détient le pouvoir d'animer la matière inerte. Par une terrible nuit, l'inventeur va accomplir son grand œuvre, aboutissement de toutes ses recherches. : il donne vie à une horrible créature faite d'un assemblage de cadavres. Un monstre ! Repoussant, inachevé, doté d'une force surhumaine, mais tragiquement conscient de sa solitude ; D 'esclave qu'il aurait dû être, " l'autre " va s'échapper des ténèbres, implorer la compassion de son créateur et, dans sa détresse, semer autour de lui crimes et désolation...

Ce qui est compliqué lorsque l'on s'attaque à des romans comme Frankenstein ou Dracula c'est qu'on est tellement influencé par la quantité de films qui en ont été fait qu'on arrive avec une idée préconçue du livre. Le risque d'être déçu est donc important. C'est ce qui a bien failli m'arriver avec Frankenstein et il m'a bien fallu 80 pages pour faire le deuil du roman que j'avais imaginé afin de pouvoir apprécier celui que j'étais en train de lire.

Le livre est centré sur la relation entre Frankenstein et la créature. De son élaboration, on n'apprendra pas grand chose. Pas de machines impressionnantes, pas de théories extravagantes, pas d'orages tonitruants. Frankenstein travaille seul dans son laboratoire. Il n'est intéressé que par la science et l'envie d'apprendre. Mais une fois la créature créée, Frankenstein prend conscience de la monstruosité de son acte et la rejète. Cela ne sera pas suffisant pour effacer la culpabilité qu'il éprouve et qui va le ronger. Il est à noter que contrairement aux films, jamais Mary Shelley n'évoque une quelconque envie de vouloir défier Dieu. Est ce intentionnel? Est une quelconque censure vis à vis des mentalités de l'époque? Peut être que le sous titre du roman, le Promethée moderne, peut donner à penser qu'effectivement il valait mieux se montrer prudent vis à vis de la religion.

Quoiqu'il en soit, cette créature est complètement différente de l'image qu'on en a tous. Elle parle, philosophe et raisonne comme n'importe quel homme. Mary Shelley lui donne la parole et elle nous raconte son histoire de son point de vue. Comme toute créature pensante et intelligente elle aspire à une vie sociale, elle souhaite aimer et être aimée. Elle n'est pas foncièrement mauvaise. Mais la peur et le dégout qu'elle inspire la font être rejetée de tous. Quand, dans un dernier recours elle implore l'aide de son créateur et que celui ci la lui refuse, elle jure de se venger et de causer son malheur.

Le roman est beaucoup plus complexe que ce à quoi je pouvais m'attendre. La relation d'amour/haine entre Frankenstein et sa créature va crescendo jusqu'à un final qui ne peut être que dramatique. C'est une relation où tout le monde est perdant et où chacun est responsable du malheur de l'autre. Le roman aborde aussi le thème de l'éthique. Ethique par rapport aux limites de la science. Jusqu'où peut on aller sous prétexte de progrès? Mais éthique aussi vis à vis de la créature. Jusqu'à quel point Frankenstein est il responsable de sa créature? Quel droit a t'il de lui refuser le bonheur après lui avoir donné la vie?

Ce fut donc une lecture intéressante et instructive. Je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai adoré. Le roman souffre quand même de quelques défauts. La présentation du décor et des personnages est maladroite. Par exemple on apprend très tardivement (vers la page 70) le nom du héros au détour d'une banale conversation. De même il y a certaines longueurs dans le récit. Toute la partie dans la forêt racontée par la créature est beaucoup trop longue. Mary Shelly s'attarde sur des détails et semble vouloir entretenir un semblant de suspens alors que l'on sait très bien comment ca va se finir. Le style est.... d'époque. Un peu trop verbeux à mon gout. Et plusieurs fois j'ai eu envie de secouer ce grand nigaud de Frankenstein qui reste alité des mois à la moindre contrariété. Mais tous ces défauts n'enlèvent rien aux qualités du livre qui est considéré comme le premier roman de science fiction. C'est en effet la première fois qu'un roman racontait l'histoire d'une créature fabriquée par l'homme. Frankenstein est donc un classique qui a sa place dans toute bonne bibliothèque.

3 commentaires:

Armée des ombres a dit…

Bonsoir,
Contrairement à Nosferatu, j'ai toujours eu un peu de mal avec Frankenstein.

Julien le Naufragé a dit…

Je compte bien le sortir de ma PàL et le lire prochainement. Heureusement je ne l'ai jamais encore vu en film, donc cela m'aidera peut-être à mieux entrer dedans. Merci pour ta chronique!

Pitivier a dit…

Ca reste un bon roman qu'il faut lire au moins pour sa culture personnelle. C'est assez incroyable qu'une jeune fille de de 19 ans issue de la bourgeoisie anglaise du 19eme siècle ai pu écrire ca.

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